De NTARE Ier à NTARE V

Ntare Rushatsi

Cambarantama (vers 1530– vers 1550)


Il fut le premier roi du Burundi, Il a inauguré l’ère monarchique qui prendra fin en 1966 sous le règne de Charles Ndizeye, il serait le fondateur présumé de la monarchie ganwa du Burundi et aussi certaines versions le considèrent comme étant venu avec KIRANGA, un esprit intermédiaire entre Dieu et les Hommes.. Son origine rester toujours inconnue et se traduit par une série de contes et de légendes dans lesquelles on trouve deux courants de mythes dont celui du sud ou cycle du Nkoma et le cycle du nord ou cycle de la Kanyaru. La première légendes nous présente le roi Ntare Rushatsi comme descendant de la lignée royale de NTWERO Père de JABWE et NSORO qui dirigeait le sud du pays. Installé à Ntunda Jabwe contrôlait le Mugamba et son frère dans le Bututsi, près de Gitanga situé à Ryansoro (du nom de Nsoro).

C’est ainsi qu’un jour, alors que Jabwe retournait d’une chasse, pour échapper à un orage se réfugea dans un enclos de Gashinyira à Matana qui appartenait du domaine de Nsoro et en profita pour faire union avec la femme de son frère d’où naquit un enfant qui sera le futur Ntare Rushatsi.

INAMABUYE, soeur de Jabwe et Nsoro, était marié avec le roi RUHINDA ou RUHAGA de Buha où cet enfant part étant très jeune. Jabwe et Nsoro étaient en conflit permanent dans lesquels serait mort NSORO. Le jeune enfant sera berger à la cour du royale. Mais, des signes vont révéler sa destinée de futur roitelet que battre toujours dans le jeu d’"ikibuguzo" (tric trac), il avait également un taureau qui ne cessait de battre le taureau du roi et le roi faisait souvent des rêves qui l’intriguaient sur la destinée de l’enfant ; pendant son séjour à Buha, le Burundi connut des calamités naturelles. Les devins furent inspirés qu’il y avait un enfant burundais dans le royaume du Buha qui pouvait sauver le pays. Ils traversèrent ainsi la rivière Malagarazi, allèrent à Buha pour ramener NTARE et celui-ci amena son taureau qu’il abat a son arrivé au mont Nkoma au Burundi et étend sa peau sur une termitière qui contenait un serpent venimeux appelé "Inkoma" celui-ci frappa la peau de sa tête et inaugura ainsi le tambour au Burundi comme symbole du pouvoir.

Les gens firent des cris de joie et ils fabriquèrent le tambour "Karyenda" dans un arbre appelé "Umurama". Cambarantama gagna les hauteurs du Mugamba où il inaugura les premiers enclos. Il prit le nom de Ntare Rushatsi "lion hirsute".

La deuxieme legende, celle de Kanyaru, nous présente Cambarantama comme provenant du Rwanda ou il était un berger chez un roi magicien du nom de Mashira.Et un jour, il fit paître des vaches dans un champ d’éleusine du roi qui se fâcha et lui envoya régner au Burundi. Cambarantama se forgea des armes en traversant la Kanyaru et tua un lion qui menaçait le pays. Ce sont les Batwa qui le découvrirent avec un sac contenant toutes les semences des plantes du pays, ainsi il devint le premier roi sous le nom de Ntare Rushatsi Cambarantama ainsi ramena la pluie et l’abondance se réinstalla au Burundi.

N.B : ... Les traditions ne mentionnent ni le clan, ni l’ethnie de ce roi. Il est présenté comme un héros civilisateur, fondateur du Muganuro et initiateur de l’ordre judiciaire (institution d’Ubushingantahe). Le Mwami présidait des cérémonies publiques comme l’Umuganuro et suivait un rituel et des mécanismes définis par les BAGANUZA spécialisés dans la préparation de cette fête et c’était interdit de semé le sorgho avant le Muganuro....Enfin, Kiranga, grand protecteur de la monarchie accompagne le roi dans sa course vers le pouvoir. Le roi ou Mwami était lui-même la source du pouvoir du pays, doté de qualités surnaturelles, censé être né avec des semences de principales plantes du pays. Il incarnait la loi et la coutume .Sa fonction principale était celle de juge suprême.


Ntare Rugamba

(1796-1850)


Ntare Rugamba fut un grand conquérant et un grand organisateur du royaume. Il est appelé Rugamba, "guerre" à cause des combats qu’il a mené. Il a régné environ un demi-siècle. Son grand mérite est d’avoir agrandi le royaume. Les conquêtes de Ntare Rugamba avaient agrandi le pays jusqu’au double de la superficie qu’il avait sous Ntare Rushatsi et donna au Burundi les frontières qu’il avait à la veille de la colonisation. L’avènement de Ntare Rugamba inaugura un renouveau dans la croyance populaire aux institutions monarchiques.

Ainsi, à l’avènement de YUHI GAHINDIRO au début du XIXe siècle, Rugamba attaqua le Rwanda et les Rwandais repoussèrent l’attaque. Les affrontements les plus sanglants eurent lieu près du lac Cohoha où les cadavres des Banyarwanda étaient tellement nombreux qu’ils formaient "une montagne". Cette localité prit le nom de Kirundo, du verbe "Kurunda" (entasser).Les guerres de cette époque sont souvent évoquées dans la tradition. Elles expliquent en partie la méfiance qui a toujours marqué les relations entre le Burundi et le Rwanda.

Comme Ntare Rugamba a livré beaucoup de guerres, les enfants de cette époque, dès leur jeune âge étaient initiés à la guerre. Ils se provoquaient et se livraient des combats en simulant une vraie guerre. On commençait à se jeter les épis de maïs, puis des pierres. Ainsi, ils s’habituaient à éviter des projectiles. Vers 14 ans, ils étaient initiés à l’arc. A 17-18 ans, ils étaient en mesure de tirer loin et passaient un examen pour lequel ils recevaient un brevet de bons tireurs au cour d’une cérémonie couronnée par une remise d’un arc pour adulte. Désormais, on pouvait faire appel à lui en cas de danger. Les armes utilisées étaient la lance et l’arc. Un archer pouvait atteindre facilement une cible se trouvant à 100m. Il y avait aussi le glaive très répandu surtout à l’ouest du pays.

Les guerriers de Ntare s’appelaient (ABATEZI,) c’est-à-dire les attaquants pour leur bravoure et leur combativité.Quelques temps avant de conquérir une région ou un pays, étaient envoyés des espions (ABATASI). A la mobilisation, les guerriers mettaient leurs pagnes en peau d’antilope, se maquillaient le visage avec de l’argile de couleur rouge et blanche, de manière à les rendre terrifiants.

Ntare Rugamba aurait eu11 femmes avec une descendance mâle importante de laquelle la tradition a retenu cinq noms pour leur importance historique : NDIVYARIYE, RWASHA, BIRORI, BUSUMANO ET GISABO.. Ntare Rugamba aurait également épousé une princesse nommée NYAMVURA AU BUSHI, la mère du futur rebelle KIRIMA qui prétendait au trône du Burundi.

Vers 1850, pratiquement, tout l’est et le tout le sud étaient contrôlés par les enfants et les petits fils de la reine Nziramibango qui est la mère de Rwasha et de Birori. Cette reine a joué un rôle important car c’est elle qui fit venir VYANO à la cour royale pour y être épousée par Rugamba, très vieux, affaibli et épuisé, qui se retira à l’enclos de Mugera , après plus d’une cinquantaine d’années de conquêtes et d’affermissement du pouvoir politique, judiciaire et militaire, et engendra par après Busumano et Gisabo. Ce dernier succédera à son père sous le nom dynastique de Mwezi Gisabo

Il mourut quelques temps de la maladie de pian (Ibinyoro). Il fut enterré à Buruhukiro, non loin de la frontière avec le Rwanda.


Mwezi Gisabo

(1850 à 1908)



Le Roi Mwezi Gisabo est né dans la province de Muramvya au cours de la première moitié du 19ème siècle. C’est à l’âge de quatre ans environ que Mwezi Gisabo succéda à son père Ntare Rugamba. Il a régné sur le royaume du Burundi de 1850 environ à 1908 ; date de sa mort. Son règne a pu se présenter dans la mémoire populaire comme l’apogée du Burundi précolonial. Les frontières conquises par son père semblaient définitivement garanties. La prospérité économique permettait une certaine croissance démographique.

Le roi avait épousé la Reine Ririkumutima qui était sa femme préférée. La Reine Ririkumutima était très impliquée en politique. Mwezi Gisabo était conseillé par ses fils et des notables parmi lesquels il y avait des Bahutu et des Batutsi. Tous ces notables étaient l’expression d’une institution fondamentale de l’ancienne société burundaise, celle des Bashingantahe. Les premiers documents photographiques sur le Burundi, dus essentiellement aux missionnaires datent de son règne. Sous son règne, le royaume a connu plusieurs calamités : famine, invasion des sauterelles, épidémies diverses, invasion des étrangers : explorateurs d’abord, esclavagistes, missionnaires et colonisateurs ensuite. Sur la photo ci-contre, prise vers 1902, le Mwami (roi en Kirundi) porte une étoffe traditionnelle en écorce de ficus battue. Ses bijoux consistent en un coquillage taillé autour du cou, un anneau en cuivre au poignet droit, un bracelet d’archer en bois au poignet gauche, une amulette taillée dans un noyau de fruit sur la tête. Il marche pieds nus comme tous les Burundais de son époque

Le Roi Mwezi en compagnie des visiteurs de marque, les pères Schultz et Sweens. Le Roi est assis sur une natte, devant une simple case, habitation traditionnelle. La photo date d’environ 1904, soit deux ans avant sa reconnaissance de l’occupation allemande. Les Allemands sont pourtant dans le pays depuis 1896.

La photo ci-contre a été prise le 18 ou le 19 août 1908, la veille de la mort du Roi Mwezi Gisabo, de retour d’une visite au Résident allemand Fonk à Bujumbura. Le Roi avait, contre son gré, obéi au Résident malgré la coutume qui interdisait aux Rois du Burundi de voir le lac sous peine de mourir. Sa mort, au lendemain de cette visite a été interprétée comme une confirmation de la légende. Sur la photo on voit le Roi porté sur un grabat par ses sujets. Il porte un voile d’étoffe de ficus du fait, semble-t-il d’avoir perdu un œil au cours d’un combat quand il était encore jeune.

Difficultés internes sous Mwezi Gisabo

• Les rebelles

Les souvenir de Twarereye frère de Mwezi Gisabo concurrent du trône a inspiré tous les opposants qui cherchaient à dénoncer Mwezi un usurpateur du pouvoir. Cinq de ces rebelles sont connus :

- Rwerekanabirenge au nord-est.
- Bihinda à Banga (dans l’actuelle province de Kayanza)
- Biroro(début des années 1890) au sud de la plaine de la Rusizi
- Rwoga : dans les années 1870, il menaça gravement le pouvoir de Mwezi Gisabo au sud du pays car il y trouva l’appui de certains princes Batare.
- Kibango : qui surgit plus tard dans les années 1890 au nord du pays. Il était réputé pour ses pouvoirs magiques et la terreur qu’il inspira aux chefs fidèles à Mwezi. Il fut surnommé Makaza, c’est-à-dire en quelque sorte, une bête sauvage.
- Kirima, originaire du Bushi, qui prétendait être l’héritier du trône du fait qu’il se disait issu de l’union entre Ntare Rugamba et sa mère Nyamvura lors de l’expédition de Ntare Rugamba au Bushi. Kirima sera reconnu comme roi par les Allemands au début du XXème siècle.
- Maconco : du clan des Benengwe, Maconco était gendre du roi. Il sera en conflit avec le roi à cause d’un chien, Rurebeya appartenant à Maconco mais qui fut réquisitionné par le roi. Maconco entra en rébellion et aura le soutien du colonisateur allemand, chef de la station militaire d’Usumbura Von Beringe. Son successeur Von Grawert reçut l’ordre de protéger le roi et tua Maconco en 1908. Il déporta Kirima à New Languenburg au Malawi.

• Tentative de pénétration des esclavagistes de Rumaliza

Mohamed bin Khalfan était un traitant arabe d’origine zanzibarite installé à la côte du lac Tanganyika à Ujiji. Mais il a bâtit sa fortune sur les razzias, la guerre et la politique plus que sur le commerce proprement dit. Cette action lui valut le surnom de Rumaliza, “celui qui achève”. Il menaça l’intérieur du Burundi au début de 1886 lorsqu’il tenta de franchir la crête de l’est à Uzige (plus ou moins l’actuel Bujumbura). Les fusils de Rumaliza échouèrent devant l’habileté tactique des guerriers Barundi qui ; profitant des laps de temps séparant chaque salve, attaquaient les tirailleurs au moment où ils rechargeaient les armes. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le Burundi laissa d’amers souvenirs aux traitants zanzibarites.

• Les premières intrusions européennes : les explorateurs et les missionnaires.

Avant que le Burundi ne fût intégré au “protectorat” allemand de l’Afrique orientale, d’abord sur le papier en 1890, puis dans les faits à partir de 1896, il avait vu surgir des Européens. Avant d’être identifiés culturellement sous le nom de Bazungu, ces derniers ont été perçus comme d’étranges “monstres”, “Ibisuka”. Les explorateurs sont :

1. Richard Burton et John Hanning Speke en 1858 :

Il s’agit de deux britanniques, anciens officiers de l’armée des Indes. Ils étaient en quête de la géographie des “sources du Nil” et d’informations économiques et politiques sur l’Afrique centrale. Ils visitèrent le littoral du lac Tanganyika. Ils accostèrent dans la plaine de Nyanza en avril 1858 pour se rendre ensuite à Uvira.

2. David Livingstone et Henry Morton Stanley en 1871 :

Stanley, un journaliste américain qui effectuait un grand reportage pour le New York Herald rejoignit Livingstone à Ujiji en Novembre 1871 : De là, les deux hommes longèrent toute la côte du Burundi jusqu’au delta de la Rusizi, s’arrêtant près des sites actuels de Nyanza, de Rumonge, de Resha, de Mugano, de Magara, de Kabezi et sur la rive droite de l’embouchure de la Mugere (en face de l’endroit où a été édifié plus tard la “pierre de Stanley”)

3. Oscar Baumann.

L’autrichien Baumann traversa le Burundi en septembre 1892. Il effectuait une mission du Comité anti-esclavagiste allemand dont l’objectif était de prospecter l’itinéraire d’un futur chemin de fer entre la côte et les lacs. Oscar Baumann se heurta ici et là à des résistances armées des fidèles de Mwezi Gisabo.

4. Les missionnaires

Les quatre premiers Pères Blancs, Toussaint Deniaud, Théophile Dromaux, Henri Delaunay et Joseph Augier, vont dès juillet 1879 s’installer chez le chef Rumonge. Ils ont été attirés au Burundi par la prospérité et le peuplement du pays et par la faiblesse des influences musulmanes.

Entre 1896 et 1898 les autres missionnaires qui , autour du père J.M.Van der burgt, entreprirent de pénétrer dans le pays par l’Est (en fondant au Kumoso la mission de Misugi, déplacée ensuite à Muyaga suite à l’hostilité des chefs locaux fidèles à Mwezi Gisabo. Ils ne durent leur salut qu’à la conquête allemande.


NTARE V

NDIZEYE Charles (2 Decembre 1947 - 29 Avril 1972)



Né en 1947, Roi du royaume du Burundi du 05 juillet 1966 à 28 novembre 1966, Le Roi Ndizeye Charles était le fils du Roi Mwambutsa et de la Reine Kanyonga.

Le 5 juillet 1966,le Prince Charles Ndizeye hérite du trône sous le nom de règne de NTARE V.

La photo ci-contre a été prise le jour de l’intronisation du Prince. Ntare Ndizeye sera le dernier Roi du Burundi. En effet, le 28 novembre de la même année, il sera déposé par son propre Premier Ministre, le Capitaine Michel Micombero, à la faveur d’un coup d’état militaire, le premier du genre au Burundi. Ce coup d’état a mis fin à une monarchie vielle de plus de deux cents ans.

L’Assassinat du Roi Ntare V, C ’est 32 ans jour pour jour.

Publié le 29 avril 2004 (Source : Radio Publique Africaine – RPA)

Le dernier Roi du Burundi a été sauvagement assassiné dans un camp militaire à Gitega, le 29 Avril 1972, une des dates des plus sombre dans l’Histoire récente du Burundi. Des centaines de milliers de personnes massacrées et ensevelies dans des fosses communes comme le Roi lui-même, restent une hantise de toute la société burundaise, en quête d’une justice dans son sens le plus élémentaire.

Et pourtant, l’autorité de l’époque, puissante de sa légitimité basée sur la terreur, bourreau de la victime, évite exprès de parler de l ‘assassinat mais de mort en situation de combat. Dans un communiqué publié à la radio nationale, la griotte de l’homme le plus fort du moment Michel Micombero annonce, par la voix de son procureur général Cyrille Nzohabonayo, que " le jeune Roi a été tué lorsqu’il tentait de fuir avec des assaillants venus pour le libérer. »

Ce mensonge d’Etat devenu une éthique de pouvoir jusqu’à nos jours avait pour but d’effacer à jamais physiquement et légitimement la trace d’une institution monarchique qui incarnait le fondement même de l’Etat burundais. Ntare V avait été chassé du trône le 28 novembre 1966, par un coup d’Etat militaire dirigé par son Premier ministre d’alors, le capitaine Michel Micombero, après 3 mois seulement de règne.

A 19 ans le Roi Natre V est exilé en Europe, plus précisément à Munich en Allemagne, laissant derrière lui sa mère dépossédée de tous ses biens et de son rang. Il sera livré à ses tombeurs-boureaux par l’ancien dictateur ougandais Idi Amin Dada avec qui l’ex-monarque était en relation d’affaires, c ’était le 30 Mars 1972. Le Roi a été placé en détention pendant tout un mois jusqu’au jour de son assassinat.

Est- il vrai que le Roi Ntare V a tenté de fuir de son lieu de détention comme l’ont affirmé ses bourreaux dans leur communiqué ? A-t-il été tué par erreur comme on veut le laisser croire à des gens qui doutent encore de la véracité du communiqué ? La radio Publique Africaine a mené une enquête et Alexis Sinduhije brosse le tableau de ce que furent les dernières heures du Roi et les circonstances de son assassinat.

Le 29 Avril 1972, il est minuit et demi quand le Roi Ntare V arrive dans une camionnette de l’armée, accompagnée de deux autres, bourrées des illustres troupes d’élite, comme si un seul véhicule rempli de commando ne suffisait pas pour un seul homme déjà prisonnier.

Nous sommes au cor de garde, dans le jargon militaire à l’entrée du camp. Le roi est immédiatement conduit par le lieutenant Charles Nyabenda dans le bureau du capitaine Onésime Ntabiraho, le maître du commandement en cette soirée. A peine terminé de présenter le salut militaire un peu genre mission accomplie à son supérieur, le capitaine Ntabiraho fort de son ordre ne se gêne pas de regarder de haut le Roi et de dire " ; Je l’ ai vu ce bandit, amenez -le au cachot. » Très calme, au milieu de ses arrogants bourreaux, Charles Ndizeye réplique en demandant pourquoi il était incarceré pour la seconde fois.

A cet instant, malgré la peur et l’angoisse qui l’envahissaient, le Roi était loin de se douter que sa dernière heure s’approche. La réponse de Ntabiraho, très sèche et très musclée était " ; Va-t-en, tu vas le savoir dans quelques instants. » Par deux militaires, le Roi sera placé pas très loin du bureau de commandement, à 10 mètres dans une salle appelée " ; Salle de police. » Trois minutes plus tard le téléphone sonne dans le bureau du commandement. C’est le capitaine Ntabiraho qui le prend et écoute attentivement la communication. Puis il sort son pistolet déjà chargé à la main et demande de lui montrer où se trouve le Roi Ntare V. On fait sortir le Roi juste au cor de garde tout près du drapeau. Ntabiraho, accompagné de son peloton d ‘exécution rapidement constitué et composé par l’adjudant Pascal Kazokura, sergents Jean Niyongabo et Ntibambona, surnommé " ; corbeau. » Lorsqu’il voit l’escadron, Ntare comprend que son sort est déjà scellé. Seul, sans défense, au milieu des…, il fait recours à la réaction de tout être humain devant la peur, devant un danger imminent, devant la mort. Il les supplie de ne pas le tuer. Le fauve capitaine Ntabiraho hurle et lui intime l ‘ordre de s’asseoir. Après l ‘avoir ligoté et simulant de lui faire une faveur, les bourreaux lui accordent moins d‘une minute de parole. Le Roi les implore en ces termes : " ; Ne me tuez pas avant que je ne voie jérôme Sinduhije » Il ajoute " ; Qui vous a donné l’ordre de me tuer, je ne m’occupe plus de la politique. Si vous m ‘ accusez de quelque chose mettez-moi à la disposition de la justice. » il continue " ; Je suis venu pour voir ma mère. » Il n’aura pas le temps de terminer. Des baïonnettes, 3 au total étaient plantées dans son corps l’une en plein cœur qui fait gicler un torrent de sang, l’autre à l ‘estomac et le dernier dans le foie. Le Roi a agonisé pendant une vingtaine de minutes avant d ’être achevé par Ntabiraho qui a tiré maladroitement 6 coups de pistolets.

La balle mortelle a touché sa carotide pour lui donner le coup de grâce. Et pour y laisser sa trace, Ntabiraho, tire sur le corps inerte trois balles de revolver au front en forme de trois étoiles de capitaine. Il etait capitaine, il a mis sa signature. Un militaire, présent sur les lieux, & assisté impuissant, à ce prélude des crimes du siècle, a regardé sur sa montre et c’était 1 heure15.

Six ans avant, lors de son investiture, des bénédictions pour son règne n’ont pas eu d’effets. Et le 29 Avril 1972, c ’était fini pour Charles Ndizeye, on venait de tirer sur l ‘espoir, ce soir là, même les dieux avaient déserté les lieux.

Les militaires étaient décidément plus forts que les dieux, et six ans plus tard, il est livré par le dictateur ougandais Idi Amin Dada puis assassiné, alors qu’il était en détention dans les dépendances de l’ancien palais de son père le Monarque Mwami Mwambutsa IV , Bangiricenge. Le récit de son enlèvement vers le camp des commandos de Gitega avec Alexis Sinduhije.

Il était 22 heures 45, lorsque les hommes commandés par le lieutenant Nyabenda Charles font irruption à l ‘ancien palais du Roi, à Bwoga, où le Roi Ntare V est en détention. Le gouvernement, pour se mettre à l’abri des critiques de la communauté internationale l ‘avait assigné à résidence surveillée dans le palais, où il a grandi, pour faire croire que le jeune Ntare était mieux traité. Et pourtant, il était enfermé dans l ‘une des dépendances des domestiques de son père. Au palais donc, un détachement de commandos, appuyé par des milices JRR(Jeunesse révolutionnaire Rwagasore), y montent la gardes depuis 30 jours pour surveiller l’isolement total de l’ex-monarque. La branche de la jeunesse d’un parti créé par son propre frère, assassiné pour l’indépendance du Burundi, constituaient des auxiliaires zélés d’une armée qui le séquestrait. Quelle ironie ! L’ordre donné était : " Amener Ntare au camp et enfermez-le en attendant des ordres a venir. » Le chef de poste, le sergent Déo Bizimana, surpris par ce déploiement de force croit qu ‘il s’agit du renforcement de la protection du Roi Ntare V qui, quant à lui, etait plongé dans un sommeil du juste. Brusquement réveillé de sa geôle, une chambrette de 3 m sur 2 pour un géant de la nature qui se sentait silencieusement étouffé dans cet espace réduit, Ntare V reçoit l’ordre de suivre le lieutenant Nyabenda au camp pour sa propre protection. Comme le prince ne part jamais seul, les militaires au passage le font accompagner par des milices JRR, tous comme lui, ont été massacrés pour effacer tous les témoins directs de ce kidnapping. Pendant ce temps, l’homme fort du pays, Michel Micombero, saoul comme d’habitude, et entouré de son Etat major civil et militaire, suivait minute par minute, le déroulement d’une opération d’enlèvement d’un homme seul. Côté grades, les colonels Michel Micombero et Thomas Ndabemeye, respectivement chefs de l’Etat et de l’Etat major, les majors Joseph Rwuri, en charge du cabinet militaire et Gabriel Ndikumana, responsable des opérations à l’armée. Les civils, deux seulement, les confidents dans les secrets des dieux, Arthemon Simbananiye, ministre des affaires étrangères du gouvernement déchu pendant la journée et Cyrille Nzohabonayo procureur général de la République, tous réunis comme des larrons pour décapiter le dernier Roi d’une monarchie vielle de 6 siècles. C ‘est eux qui ont donné l’ordre de l’exécuter. La reine Baramparaye, la mère du Roi, apprendra, comme tout le monde, qu’on lui a saisi son unique fils, par la voix des ondes.

La reine Kanyonga, la première épouse de Mwambutsa et mère du prince Louis Rwagasore avait entendu des fuites des services secrets burundais sur l’éventuel plan d’assassinat du Roi Ntare V. Le fruit de leur travail était cueilli, la mort du Roi, à qui, ils ont volé la vie et sans doute des centaines des milliers d’autres Burundais massacrés quelques temps après.

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